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Josy Gloden président Vinsmoselle Moselle Luxembourg

Josy Gloden, un patron dans les vignes

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Quatrième génération d’une famille de vignerons dont trois ont été des acteurs majeurs de l’histoire des Domaines Vinsmoselle, Josy Gloden ne veut pas que l’on ne retienne de lui que son statut d’héritier. Il ne renie pas son ascendance, mais veut aussi marquer son territoire. Le président de Vinsmoselle est un chef d’entreprise qui s’assume.

Josy Gloden (45 ans) est un homme important pour la région : le président des Domaines Vinsmoselle depuis le début de l’été 2017, le plus gros producteur – et de loin – du pays. La coopérative, qui a fêté son cinquantenaire il y deux ans, travaille 58% du vignoble luxembourgeois et offre 250 références différentes. Sa plus grande réussite est d’avoir eu l’audace de miser gros sur les bulles, dès le lancement de l’appellation Crémant de Luxembourg en 1991. Aujourd’hui, le centre de production des crémants Poll-Fabaire, à Wormeldange, sort 1,2 million de bouteilles par an, une production sans cesse croissante même si l’augmentation se tasse depuis quelques années.

Piloter la coopérative est une grosse responsabilité mais, dans la famille Gloden, on l’endosse sans sourciller. Vic, le père de Josy, a été l’un des cofondateurs de Vinsmoselle en 1966 et même son premier président pendant… 37 ans, jusqu’en 2003 ! Son grand-père, qui se prénommait également Josy, avait cofondé la cave coopérative de Wellenstein en 1930. C’est l’association de cette dernière avec ses sœurs de Grevenmacher, Stadtbredimus, Greiveldange, Wormeldange et Remerschen qui mènera à la création de Vinsmoselle.

Je suis très différent de mon père qui était bien plus calme que moi !

À chaque étape de la viticulture coopérative luxembourgeoise, on retrouve un Gloden au sommet de la pyramide. Mais si ce n’est évidemment pas le fruit du hasard, Josy Gloden ne se voit pas en héritier. « Je n’aime pas trop parler de ça… et je suis très différent de mon père qui était bien plus calme que moi ! », reconnaît-il. Les marches, il les a gravies progressivement, entre son arrivée au conseil d’administration en 2003 puis à la présidence de la Commission technique en 2005, à tout juste 30 ans. « Et vous savez, dans une coopérative, le président ne décide pas tout seul. Il n’y a pas de moi, mais un nous : la notion de collectif est très importante. »

D’ailleurs, fait-il remarquer, les époques n’ont rien à voir. « Du temps de mon père, c’était plus facile : il n’y avait pas la concurrence d’aujourd’hui et la clientèle n’avait pas les mêmes habitudes. Chaque famille choisissait sa maison et elle n’en changeait pas. Cela n’a plus rien à voir. » Et puis, jusque dans les années 1980-1990, la Moselle s’embarrassait moins avec son vin, il faut le dire. L’elbing et le rivaner coulaient à flots tandis que les grands crus étaient rares et beaucoup moins investis qu’aujourd’hui. Tant que le verre était plein, tout allait bien.

Lorsque nous créons de nouvelles cuvées, c’est l’aboutissement de discussions collectives auxquelles je participe

En tant que président, Josy Gloden ne peut pas tout révolutionner d’un coup, mais cela ne l’empêche pas de faire entrer sa propriété dans une autre dimension. « Avant, c’était une entreprise familiale, lance-t-il. Maintenant, c’est une vraie entreprise tout court et il faut savoir le gérer ». Depuis qu’il est aux commandes, le domaine a beaucoup grandi jusqu’à devenir l’un des plus vastes du pays. Mais tout chef d’entreprise qu’il est, il n’a pas renié les vêtements de travail pour autant. Hors de question de quitter la vigne : « J’aime tout : les vendanges, la taille… il y a toujours quelque chose de différent à faire. » Pendant la récolte, on le croise au volant du tracteur en route pour la livraison des raisins à la cave de Wellenstein.

Lorsqu’on demande si, lui, l’ingénieur diplômé en viticulture et œnologie de l’école supérieure de Geisenheim (en Allemagne, sur le Rhin), ne regrette pas de laisser toute la vinification au chef-caviste (Matthias Lambert à Wellenstein) et au directeur technique (Bernd Karl), il assure que non. « C’est aussi parce que je m’intéresse à la vinification que je m’investis dans la Commission technique, assure-t-il. Lorsque nous créons de nouvelles cuvées, comme par exemple nos vins blancs en fûts de chêne, c’est l’aboutissement de discussions collectives auxquelles je participe. »

Quant à l’éventuelle envie de quitter la coopérative pour devenir indépendant et maîtriser tout le processus : « Jamais ! », tonne-t-il dans la seconde. Non, on ne peut pas renier complètement son ADN !

Le bio ? Pas si simple…

En 1996, Josy Gloden a passé près d’une demi-année au domaine Zind-Humbrecht, un des fleurons alsaciens, fer de lance aujourd’hui de la biodynamie et auteur de vins admirablement ciselés. « J’y réalisais un stage avant d’entamer mes études à Geisenheim », se souvient-il. Si, à l’époque, le domaine n’était pas encore bio, Josy Gloden se rappelle la précision du travail, tant à la vigne qu’à la cave. « J’ai appris énormément auprès d’Olivier (Humbrecht), reconnaît-il. Ce que j’ai fait là-bas a permis de donner du sens à ce que j’ai appris par la suite. » Il a pu mettre cet artisanat d’art en perspective quelques années plus tard, en Australie : « Lors d’un voyage d’étude, nous avons visité le hangar à barriques d’un grand domaine qui prenait la superficie de trois terrains de foot : c’était fou, une vraie usine ! ».

Pour autant, le vigneron de Bech-Kleinmacher ne s’est pas converti au bio, même s’il fait évoluer ses pratiques viticoles pour qu’elles soient plus respectueuses de l’environnement. « Je ne passe plus de glyphosate dans 98% de mes vignes, souligne-t-il. Les deux seules qui en reçoivent un tout petit peu, c’est parce qu’elles sont en dévers et qu’il est dangereux de passer en tracteur pour désherber mécaniquement. Je limite aussi les engrais en utilisant les quantités justes. Je vis avec ma terre et je réfléchis à chaque geste que je fais. »

Pour autant, il n’imagine pas basculer vers le bio prochainement. « Est-ce que ça nous permettrait de vendre davantage et plus cher ? Je n’en suis pas sûr. Et il est toujours facile de dire qu’il faut cultiver en bio depuis son fauteuil au ministère, mais moi je gagne ma vie avec ma récolte et je ne veux pas risquer la vie de mon entreprise comme ça. »

N’empêche, Vinsmoselle se met aussi doucement au bio. Des cuvées, certes assez confidentielles faute de volumes, sortent depuis 2014. Et la coopérative offre une prime aux producteurs qui lui fournissent ces raisins. La révolution ne se fera sûrement pas en un soir, mais peut-être est-elle en train de germer.

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