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Domaine Henri Ruppert Schengen Luxembourg Moselle

Henri Ruppert : vigneron d’excellence… presque malgré lui

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Sa cave, cette vague qui surgit au-dessus de Schengen sur le coteau du Markusberg, est une des icônes de la Moselle luxembourgeoise. Et cela tombe bien car son propriétaire, Henri Ruppert, est aussi l’un des vignerons les plus intéressants du vignoble grand-ducal.

Henri Ruppert est aujourd’hui l’un des porte-drapeaux de la viticulture luxembourgeoise. Non seulement ses vins sont réputés, mais sa cave construite en 2008 d’après les plans de l’architecte François Valentiny, surplombant majestueusement les trois frontières à Schengen, est devenue un marqueur de territoire. Tout semble désigner Henri Ruppert comme un notable établi, typiquement le vigneron héritier d’un domaine reconnu depuis des lustres. Mais l’histoire est tout autre. En 1984, lorsque son père lui impose de reprendre les 3 hectares familiaux, ce ne sont pas des larmes de joie qui coulent sur les joues de l’adolescent de 15 ans qu’il est alors. Rembobinons un peu.

À l’époque, la famille Ruppert fait déjà dans le liquide mais plutôt que le vin, elle a choisi l’essence. Depuis les années 1960, le père d’Henri tient une station-service à la sortie du village. « Le vin n’était qu’une activité secondaire, nous avions 3 hectares avec surtout de l’elbling et du rivaner, se souvient-il. Mon père vendait en vrac. Les cuves étaient situées dans la station. » Pas de quoi rêver, donc.

L’élève Henri Ruppert, lui, traînasse un peu sur les bancs d’une école qui n’est pas faite pour lui. « Je n’étais pas le plus bête du village, mais l’école ne m’inspirait pas, avance-t-il. Il a été assez vite clair que le lycée classique, ce n’était pas pour moi. » Cette situation hérisse son père, qui se demande ce qu’il va faire de lui. Henri n’a pas d’idées claires sur la question. Un jour, en 1984, le couperet tombe : « Mon père me dit :  ” tu reviens à la maison et tu t’occuperas du domaine “.»

«Le vin d’alors n’avait rien à voir, les consommateurs n’en avaient pas du tout la même appréciation. […] Le travail de vigneron n’avait pas une grande valeur sur l’échelle sociale… »

Le jeune garçon ne voit pas là un cadeau, mais une vraie punition. « J’ai pleuré… souffle-t-il. Le vin d’alors n’avait rien à voir, les consommateurs n’en avaient pas du tout la même appréciation. Notre objectif était juste de le vendre dans les bistrots. Le travail de vigneron n’avait pas une grande valeur sur l’échelle sociale… ». Le métier est dur, la notoriété du domaine faible et le choix ne lui appartient pas : difficile de susciter la naissance d’une vocation dans un contexte vécu comme un traumatisme.

Sans l’avoir choisi, le voilà donc en apprentissage durant trois ans, au domaine d’Herbert Oberbillig, à Trèves. « J’ai beaucoup appris sur le riesling et l’influence des sols même si, là-bas, c’était du schiste que nous n’avons pas en Moselle luxembourgeoise. » Lors de son apprentissage, il prend le train pour Trèves qui passe de l’autre côté de la rivière matin et soir. « L’abonnement me coûtait 120 marks et j’en gagnais 137 : juste de quoi me payer un vinyle de temps en temps ! », rigole-t-il. Les soirs d’été, il passait directement de la gare aux vignes familiales.

Cette même année, il vit une révélation : « Lors d’une visite au domaine Witwe Thanisch (à Bernkastel, sur la Moselle allemande), j’ai dégusté un fantastique riesling qui m’a donné la chair de poule. Je n’ai vécu cette sensation que deux fois, la seconde était due à un autre riesling, du domaine Zind-Humbrecht (en Alsace). » C’est ainsi qu’un peu contre toute attente, il embrasse pour de bon la vocation de vigneron.  La vigne n’est plus un sacerdoce, il se rend compte qu’elle peut être passionnante.

L’année suivante, il se dirige vers Bad Kreuznach (sur la Nahe, en Rhénanie-Palatinat) pour obtenir son brevet de technicien viticole. « J’ai appris à m’organiser, à me gérer tout seul », se souvient Henri Ruppert. Il aime tellement sa nouvelle voie qu’il souhaite répondre à une offre d’emploi d’un an venue du Canada. « Quand je l’ai dit à mon père, il m’a répondu : pas de problème, mais lorsque tu reviendras j’aurais vendu toutes les vignes. » Le casus belli est vite réglé, il ne postule pas.

« Je voulais sortir du lot. »

En 1990, il est temps qu’Henri Ruppert prenne les rênes du domaine familial. Il sait déjà qu’il va tout changer. Pas question d’être un vigneron médiocre : « Je voulais sortir du lot. » Au départ, il est bloqué par la surface réduite et un encépagement plutôt bas de gamme. Parce qu’il ne peut pas tout arracher d’un coup, il fait avec ce qu’il a, mais en mettant en place de nouvelles méthodes. « Pour monter en qualité, j’ai décidé de faire plusieurs passages pendant les vendanges pour ne récolter que des raisins à maturité optimale. »

Dans la cave aussi, c’est la révolution. Les cuves en fibre plastique ont abandonnées au profit de celles en inox. Henri Ruppert achète dès la première année un gros filtre à bourbes. « Avant, nous avions toujours des problèmes pour obtenir des vins clairs et sains, explique-t-il. Grâce à ce filtre que j’ai toujours, la production a énormément gagné en qualité. »

L’objectif suivant est d’agrandir la superficie du domaine, mais rien n’est évident lorsque l’on débute. Les vignes ne sont pas bon marché, « étonnamment, l’hectare coûtait le même prix à l’époque qu’aujourd’hui » se souvient-il. Le domaine croît, mais sans folie.

« Cette cave, c’est la meilleure chose que j’ai jamais faite. Quand je l’ai construite, elle était clairement surdimensionnée et cela a choqué pas mal de monde. Mais aujourd’hui, je suis de nouveau à l’étroit. »

Le jalon essentiel est posé en 2008 avec la construction de sa nouvelle cave. Grâce à cet écrin, Henri Ruppert dispose des infrastructures qui vont lui permettre de passer à la vitesse supérieure. Il y a 11 ans, à l’inauguration, son domaine comptait 6,5 hectares et il en travaille près de 20 aujourd’hui ! En une dizaine d’années, la taille de son domaine est multipliée par 3, son chiffre d’affaires par 4. « Cette cave, c’est la meilleure chose que j’ai jamais faite. Quand je l’ai construite, elle était clairement surdimensionnée et cela a choqué pas mal de monde, avance-t-il. Mais aujourd’hui, je suis de nouveau à l’étroit et je réfléchis à investir dans un nouveau hall de stockage. »

Désormais, à l’aube de ses 50 ans, il est incontestable qu’Henri Ruppert a réussi son pari. Il est « sorti du lot ». Ses vins font partie de l’élite luxembourgeoise et sont appréciés bien au-delà des frontières, jusqu’en Chine ou au Japon où il exporte. Avec le temps, sa sensibilité s’est exacerbée et son goût pour le riesling est devenue une vraie passion. Il vénère ce cépage qu’il est fier de travailler sur quatre terroirs différents (lire par ailleurs). « Pourquoi planter du chardonnay alors qu’il y en a partout ? Je suis partisan de se limiter aux quelques cépages qui peuvent donner ici des vins meilleurs qu’ailleurs : le riesling, le pinot gris, le pinot blanc et le pinot noir. »

Tiens, justement, ce dernier est un de ceux qui l’emballent actuellement. Mieux gérer l’apport de la barrique, bien sélectionner les tonnelleries et les bois qui mettront en valeur ses vins… voilà une de ses priorités actuelles. Car il en est persuadé : « Dans ce domaine, il y a encore la place de progresser. » Si Henri Ruppert le dit !

Riesling : Quatre terroirs pour un cépage

Avec le temps, Henri Ruppert apprécie de plus en plus le roi des cépages mosellans, le riesling, qu’il travaille avec la plus grande minutie. Au sein de sa gamme Terroir, il est fier d’avoir isolé quatre types de sols différents, une gageure sur une appellation de taille aussi réduite.

Il vinifie un riesling provenant des marnes gypseuses (Keuper) du Wintrange Felsberg, un autre sur le calcaire coquillier (Muschelkalk) du Markusberg, un troisième sur un filon de quartz en France (juste de l’autre côté de la frontière) et le dernier, une parcelle plantée sur du grès rouge du côté de l’écluse de Schengen, qu’il va prochainement mettre sur le marché. Avec ces crus, son plus grand plaisir est de faire tomber les rendements (autour de 30 hl/ha) et d’observer l’influence du sol sur le vin, le riesling étant un véritable révélateur de terroir.

Allant jusqu’au bout de la démarche, tous ces rieslings hyper-localisés sont fermentés avec des levures indigènes, celles qui sont présentes sur les raisins au moment de la récolte. Bien plus qu’avec des levures industrielles, il faut surveiller l’évolution de ces vins, également plus lente. « Les rieslings Terroir restent jusqu’à 12 ou 14 mois sur leurs lies, ce qui apporte du corps sans donner de sucre. Il faut donc les attendre et décaler leur vente, mais ça en vaut la peine : ils donnent énormément de plaisir ! » Difficile de le contredire !

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