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Gast Waltzing musicien Grammy Award 2016

«Les artistes deviennent saouls comme tout le monde !»

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Unique Luxembourgeois à avoir remporté un Grammy Award, le musicien Gast Waltzing est aussi un amateur de belles bouteilles.

En tant que musicien, est-ce que le vin vous inspire ?

Gast Waltzing : J’aime le vin depuis toujours. Mon grand-père et mon père buvaient du vin blanc luxembourgeois j’ai donc été habitué à en voir sur la table. C’était encore le temps de l’elbling, ça a changé depuis ! Et puis, naturellement, j’ai fait mes expériences. Mais le vin ne donne pas d’inspiration. C’est de la connerie ça : les artistes deviennent saouls comme tout le monde !

Entre la sobriété et l’ébriété, il n’y a pas une fenêtre propice à la venue des idées ?

Ça ne marche pas comme ça, croyez-moi ! Là, par exemple, pour un projet pareil (NDLR : son travail sur la musique de Harry Potter, lire par ailleurs), je n’ai pas touché à l’alcool au moins trois semaines avant de commencer. Il faut être en pleine possession de ses moyens. Et comme je ne sais pas me contenter d’un verre… Je ne bois pas tout le temps, mais quand je bois, j’aime bien boire… deux verres ! (Il rit).

Les artistes créent des émotions. Est-ce que vous estimez que les vignerons sont aussi des artistes?

Naturellement. Pas seulement les vignerons, mais aussi les boulangers, les cuisiniers… Même un garagiste. Lorsque je lui amène ma voiture parce qu’elle fait « putputputput » et qu’il sait tout de suite ce qu’il faut réparer, c’est un artiste.

J’aime apprécier les compétences des autres.

Vous jouez de la musique avec vos groupes et vous composez également des musiques de film. Est-ce que ces deux activités sont aussi différentes que celle du vigneron indépendant qui travaille ses raisins et celle de l’œnologue qui met son savoir-faire au service d’une grande maison ?

Quand je dois faire une musique de film, évidemment, je m’adapte au film. Ce n’est pas ma musique, mais une composition pour aider un film à fonctionner. Lorsque j’écris pour mon big band ou mon quartet, là, je peux me permettre de me faire plaisir. Mais même avec mes groupes Atmosphere ou Park Café, nous faisions attention à satisfaire un public. Je préfère que les gens entendent ma musique plutôt que de la jouer pour moi tout seul. Ça ne veut pas dire que je fais des concessions tout le temps, mais j’aime que l’on écoute mes créations. C’est la même chose avec le vigneron, il peut faire le meilleur vin du monde, mais si personne ne l’achète, ça ne sert à rien.

Finalement, la musique – comme le vin – n’a de sens que dans le partage…

Le vigneron a du plaisir quand les clients achètent son vin, le boivent et lui disent qu’il est bon. Comme après un concert et qu’un spectateur vient nous voir pour nous dire que ça lui a plu. En général, les gens vont aux concerts pour entendre quelque chose qu’ils ne savent pas faire. Je ressens exactement la même chose avec le vin et la gastronomie. J’aime apprécier les compétences des autres.

 

Gast Waltzing musicien Grammy Award 2016
Gast Waltzing.

Souvent, les vignerons disent que les médailles qu’ils obtiennent font plaisir, mais qu’elles ne changent pas grand-chose. Est-ce que c’est votre avis, vous qui avez reçu une des récompenses les plus prestigieuses du monde de la musique, un Grammy Award avec Angélique Kidjo en 2016 ?

Ce Grammy, je n’y avais jamais pensé avant. C’était tellement loin… Lorsque je l’ai reçu, ça m’a fait énormément plaisir. Et il y a un aspect très positif : ça ouvre beaucoup de portes. Maintenant, je ne dois plus prouver que je sais diriger un orchestre. Mais il y a, chaque année, de nouveaux lauréats, la vie continue et un Grammy ne donne pas le droit de se reposer. Le business est très dur et cette récompense ne garantit pas que tout va être facile. Ce projet avec Angélique était magnifique. Comme pour le vin, il a fallu du temps. Nous avons travaillé cinq ans pour le construire. Les gens croient parfois que l’on a simplement fait un concert, mais non !

De plus en plus de vignerons diffusent de la musique dans les vignes, parce que certaines ondes acoustiques stimuleraient la production de protéines des ceps. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

On met aussi de la musique dans les étables, pour calmer les vaches. C’est un peu comme l’homéopathie, il faut y croire… Que la musique fasse du bien à l’homme, voire à une vache, d’accord. Mais de là à ce que le raisin apprécie une fugue de Bach, je ne peux pas me prononcer ! (Il rit)

Il y a de la musique pour tous les moments. Est-ce que, de la même manière, certaines émotions vous évoquent des vins en particulier ?

Je ne bois pas de vin sans manger donc je le choisis davantage en fonction du repas. Et je bois toujours en compagnie. Je ne fais pas partie de ces personnes qui se servent un verre, seul le soir. Je sors le vin avec les amis, et là, nous pouvons ouvrir un certain nombre de bouteilles !

Le vigneron m’a lancé : « Eh toi, ta musique, on dit aussi qu’elle est bien pour un Luxembourgeois ?

Où vont vos préférences ?

J’aime beaucoup les vins français, les bourgognes blancs, particulièrement. Mais je fonctionne beaucoup par phases. Pendant un moment, je préférais les bourgognes rouges aux bordeaux mais c’est en train de changer. J’ai également eu une période où je ne buvais que du blanc et une autre où je ne buvais que du rouge. Aujourd’hui, c’est plus équilibré.

Vous vous intéressez aussi aux vins luxembourgeois ?

J’achète chez quelques maisons, oui. Il y a quelques années, j’étais à la Foire à Luxexpo avec un ami sommelier qui m’a dit de venir goûter des vins luxembourgeois. Je n’étais pas complètement enthousiaste, je n’en avais pas une bonne image. Il m’a convaincu avec une dégustation à l’aveugle. À un moment, je lui ai dit : « Ouh là, celui-là est vraiment bon, il n’est pas luxembourgeois. » Il m’a assuré que si et je lui ai répondu que pour un vin luxembourgeois, il était vraiment super. Ce que je ne savais pas, c’est que le vigneron était juste derrière. Il m’a lancé : « Eh toi, ta musique, on dit aussi qu’elle est bien pour un Luxembourgeois ? ». Depuis, je m’entends très bien avec ce vigneron et j’achète toujours chez lui ! Nous avons le même problème pour défendre notre travail. Dans le petit Luxembourg, on entend souvent ce « pour un Luxembourgeois, c’est pas mal ». Il y a de la condescendance. Sa réponse était excellente, il a eu raison de me dire ça.

Il ne faut pas dénigrer les vins luxembourgeois, il y en a d’excellents. La preuve : leurs prix montent !

Quels sont les cépages que vous préférez ici ?

J’aime bien le riesling mais aussi le pinot gris, parfois. Les deux peuvent être très bons. J’apprécie lorsqu’ils sont vieillis en barrique. Il y a deux ou trois vignerons qui le font ici et c’est pas mal du tout. Il ne faut pas dénigrer les vins luxembourgeois, il y en a d’excellents. La preuve : leurs prix montent ! Au contraire, je ne suis pas du tout attiré par les vins du Nouveau Monde.  Je préfère les vins d’Europe aux vins américains, chiliens, argentins…

Un Grammy Award rout wäiss blo*

Gast Waltzing est l’un des musiciens les plus importants du Grand-Duché, son aura est internationale. À ce jour, il est le seul à avoir reçu un Grammy Award. C’était en 2016 à Los Angeles, pour l’album Sings avec Angélique Kidjo. Le fondateur du département Jazz du Conservatoire de la Ville de Luxembourg avait arrangé des chansons africaines traditionnelles pour qu’elles puissent être jouées par l’Orchestre philharmonique de Luxembourg et incarnées par la chanteuse béninoise. Une réussite totale. Depuis, les collaborations se poursuivent. Début octobre, il était au Japon pour retrouver Shiho, une chanteuse avec laquelle il avait déjà travaillé avec un orchestre symphonique, pour quelques concerts et un enregistrement, cette fois avec un big band japonais. Gast Waltzing vient également de s’investir dans un grand projet autour de Harry Potter, avec la bénédiction d’Universal. Une somme colossale puisque la composition de John Williams
(l’auteur des musiques de Star Wars, Les Dents de la mer, Indiana Jones…) tient sur 600 pages de partitions ! Les représentations ont eu lieu à la Rockhal, à la fin du mois d’octobre. Il vient également de publier onze nouvelles compositions avec l’Orchestre national de jazz du Luxembourg et la chanteuse Salima.

* Rouge blanc bleu, les couleurs du drapeau luxembourgeois

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