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Sumo

« À la base de mon travail, il y a toujours les bulles »

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Pionnier du graffiti au Grand-Duché, Sumo vient d’ouvrir sa propre galerie dans le quartier de la Gare. Et s’il avoue qu’il n’est pas encore un grand connaisseur de vins, il sait ce qu’il aime et loue ses amis sommeliers qui le guident dans ses choix.

On n’associe pas forcément l’art urbain avec le vin. Y a-t-il un point de rencontre entre vos œuvres et la vigne ?

Sumo : Avec le crémant oui, parce qu’à la base de mon travail, il y a toujours des points et des bulles. Ces éléments sont toujours là : les bulles m’inspirent !

Existe-t-il un lien direct entre les bulles de crémant et les bulles sur vos toiles ?

Au lycée technique des Arts et Métiers, en cours de sérigraphie, un des premiers exercices consistait à prendre une photo noir et blanc dans un journal pour l’agrandir et faire une reproduction. Je me suis rendu compte que le gris n’était pas du gris, mais des points noirs avec plus ou moins de blanc autour. Plus les points noirs étaient gros et plus le gris était foncé. Ça m’a fasciné. Plus tard, j’ai vu que le pop art – et particulièrement Roy Lichtenstein – s’était déjà approprié tout ça. Ça m’a rappelé les vieux comics où on voyait déjà ces points. En 1993 ou 1994, une pub pour Guinness qui passait sur MTV m’a tellement inspiré qu’elle a déclenché tout le concept sur lequel je travaille depuis.

Et toujours ces bulles !

Vous pouvez nous la décrire ?

Il y a un zoom sur un verre de Guinness, on entre dans les bulles. Un univers, puis des planètes apparaissent. On se rapproche de l’une d’entre elles, et une sorte de tour de Babel se dévoile. On pénètre alors dans une pièce où le même verre de bière se trouve sur une table. Il y a un effet de loop, une mise en abyme super bien faite. Ce zoom qui permet de découvrir autre chose, c’est mon travail. Mes toiles sont comme des extraits de choses infiniment plus grandes. Si tu prends un détail, que tu l’agrandis, tu vas en trouver de nouveaux invisibles à l’œil nu. Et toujours ces bulles !

Vos toiles sont très denses. Lorsque vous commencez à peindre, vous savez jusqu’où vous irez ?

Chaque élément documente le temps, plus il passe et plus j’en ajoute. Tout ce qui est recouvert est dans le passé : soit ces éléments sont complètement effacés, soit il en reste des traces en transparence ou en relief, ce sont alors des souvenirs. Mais comme je n’ai pas de plan, je ne sais jamais au départ ce que je vais recouvrir ou ne pas recouvrir. L’épaisseur représente le temps et la surface, l’espace.

Vous avez commencé à peindre sur les murs, avez-vous eu toujours envie de peindre sur toile ?

J’ai commencé par le graffiti et c’était la seule chose qui comptait. Je ne faisais pas ça pour devenir artiste, je voulais être graphiste. Mon premier grand mur date de 1995, ici, dans cette rue (NDLR : la rue de Strasbourg, à Luxembourg, où se trouve sa galerie), sur un parcours de vélo. J’avais écrit Sumo, mon nom. On avait le droit de le faire à cet endroit. Mais en fait, ça avait commencé un peu avant. Avec des amis, on taguait partout. On traînait dans les maisons de jeunes, notamment Amigo à Beggen, et on passait nos après-midis à la terrasse du Quick en prenant un coca à tour de rôle pour ne pas se faire virer. On n’arrêtait pas de dessiner ! Un artiste qui était éducateur à Amigo nous a trouvé un mur pour qu’on se défoule. C’était parti, je n’avais plus envie de m’arrêter !

Il y a de très bons vins blancs au Luxembourg. Je regrette juste qu’ils soient difficiles à trouver hors de la Moselle.

Lorsque vous avez commencé, le Luxembourg était une friche en termes de culture urbaine…

Il n’y avait personne pour nous montrer comment faire. Quand j’ai découvert un magazine de graph anglais, Graphotism, je me disais que ce serait impossible d’être aussi bon que ceux qui étaient dedans. Et quelques années plus tard, alors que je faisais mes études au London College of Printing, ce magazine a commencé à me suivre. C’était… waouh !

Il a fallu peu de temps, finalement, pour que le graffiti  sorte de l’ombre. Comment expliquez-vous ce basculement spectaculaire ?

Au début des années 2000, beaucoup d’agences de communication utilisaient cette image pour faire cool, attirer les jeunes. Elles ont pris les codes, c’était réalisé à l’ordinateur : moche ! Le phénomène Banksy a également beaucoup fait. Il raconte tellement de choses avec ses pochoirs plus faciles à lire qu’un graffiti. Il a l’intelligence de jouer avec des références très connues, du coup ses scènes fonctionnent avec tout le monde. Lorsque j’étais à Londres, par l’intermédiaire d’amis communs, j’avais demandé combien il voulait pour une toile. Il m’avait dit 900 livres et j’avais trouvé que c’était cher pour un pochoir.  Je ne l’ai pas acheté… Une sérigraphie, c’était 50 livres, mais je voulais un original… pfff ! Au prix où ça coûte maintenant !

Vous saviez où le joindre alors ?

Oui, j’avais beaucoup d’amis qui le connaissaient, mais je ne l’ai jamais rencontré. J’étais à Londres à ses débuts. Je voyais ses pochoirs partout, je trouvais ça génial !

Banksy a gardé son anonymat, pas vous. Votre vrai nom n’est pas un secret.

J’aurais bien voulu qu’il le soit un peu plus longtemps ! L’anonymat, c’est une des bases du graffiti. Mais avec mon ancien magasin, Extrabold, c’était devenu compliqué de le cacher. Jusque-là, tout le monde m’appelait Sumo : mes amis, mes clients, même mes profs ! Et un jour, dans un article, le journaliste m’a appelé par mon vrai nom. Mon anonymat en a pris un coup !

D’où vient cette envie de discrétion ?

C’est davantage l’envie de se faire reconnaître de la communauté par ton style et seulement ton style. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas beaucoup de couleurs disponibles, ce n’était pas évident de sortir du lot. Chacun travaillait son style pour se différencier. Si tu en avais un que personne ne reprenait, c’était gagné. Moi, j’ai créé ce personnage, Crazy Baldhead, que je peins toujours même s’il a un peu évolué.

Quelle est votre grande fierté, le mur qui vous a donné le plus de satisfaction ?

Il y en a un super bien placé à Lisbonne, dans le quartier de Bairro Alto, que j’ai réalisé en 2014. J’avais fait une expo pas loin et le patron de la galerie m’avait proposé de le peindre. J’ai accepté, il m’a donné les bombes, m’a écrit une fausse autorisation et c’était parti. Les gens me regardaient. Lorsqu’une première patrouille de policiers est passée, je leur ai montré la lettre et ils sont partis. Il restait seulement un petit endroit à finir, quand d’autres policiers se sont arrêtés. Cette fois, ils m’ont dit que la lettre n’était pas une autorisation valable et ils ont pris mes papiers. Ça devenait compliqué parce que le vernissage était le soir même et mon vol le lendemain. Je me voyais passer la nuit au poste et tout rater ! Mais les gens du quartier ont expliqué aux policiers qu’il fallait me laisser terminer. Après avoir négocié avec moi et surtout avec les habitants, les policiers m’ont dit qu’ils finissaient leur patrouille deux heures plus tard, qu’ils ne voulaient plus me voir mais que je faisais ce que je voulais après, que ça ne les regardait plus. Ils sont partis, j’ai rassemblé mes affaires et les gens m’ont dit : ‘qu’est-ce que tu fais, reste et finis le mur !’. Moi, je voulais revenir deux heures après, mais il n’en était pas question : tout le quartier était là, même les vieux ! Lorsqu’une patrouille arrivait, des guetteurs sifflaient et on planquait tout ! C’était trop cool ! Ce n’était pas mon plus beau mur ni le plus grand, mais les émotions étaient juste terribles !

Avec le vin blanc, ça a commencé plus tôt… mais on le mélangeait avec du coca ! Les vignerons vont être contents de lire ça !

Et le vin, quand est-il entré dans votre vie ?

La première fois que j’ai vraiment apprécié le vin rouge, c’était après un vernissage, en 2003. On était une douzaine d’artistes, et au resto, je me suis dit que ce n’était pas si mal que ça. Avec le vin blanc, ça a commencé plus tôt… on le mélangeait avec du coca, je préférais ça à la bière ! (Il rit) Les vignerons vont être contents de lire ça ! Depuis, j’ai appris à le découvrir. Je ne bois jamais d’alcool seul, dans mon atelier par exemple. Je n’en vois pas l’intérêt. Pour boire du vin, il faut que je sois en bonne compagnie.

Vous avez une cave ?

Oui. Mais je n’ai pas énormément de bouteilles et je ne suis pas un expert. Je peux dire quand un vin me plaît ou non, mais je n’aurais pas les mots pour expliquer pourquoi. Peut-être que je vais en aimer un qu’un critique trouvera affreux ! Heureusement, j’ai des amis sommeliers qui m’en font découvrir de bons.

Vous avez des préférences ?

J’avais commencé avec les bordeaux rouges, mais maintenant je  découvre les rouges italiens et ils me plaisent beaucoup. Mais pas ceux qui sont trop lourds, ceux après lesquels on ne parvient plus à goûter autre chose.

Quel regard portez-vous sur les vins de Moselle ?

Il y a de très bons vins blancs au Luxembourg. Je regrette juste qu’ils soient difficiles à trouver hors de la Moselle. Il y a toujours un peu les mêmes dans les supermarchés et ce ne sont pas forcément les meilleurs.

Vous avez des cépages préférés ?

J’apprécie plutôt les vins secs, moins le gewurztraminer. J’ai même goûté d’excellents rivaners alors que pour moi, dans le temps, c’était ce que je mettais dans le coca ! J’aime beaucoup les crémants d’Alice Hartmann. Ils sont juste supers et leurs vins blancs sont excellents également.  Ce crémant est le premier vrai bon vin luxembourgeois que j’ai goûté. Je me souviens, c’était lors de la ête des Vins et Crémants, sur le Knuedler. J’y étais avec un ami qui me les avait conseillés.

Vous a-t-on déjà proposé de réaliser des étiquettes de vin ?

(Il sourit) Il y a un projet avec un but caritatif, mais il est un peu tôt pour en parler. J’ai déjà fait une capsule de muselet pour Bernard-Massard, une bouteille pour Bofferding, une autre de bière belge et quelques autres projets de ce type sont en discussion. Ce sont toujours des travaux que j’aime bien !

Rendez-vous rue de Strasbourg

Le 15 novembre dernier, Sumo ouvrait sa propre galerie/atelier au 31 rue de Strasbourg à Luxembourg, dans une ancienne laverie désertée depuis des années. Un sacré pas en avant ! « Jamais je n’aurais cru en arriver là un jour, c’est fou ! », souffle-t-il. La Gallery 1 :1 est évidemment la sienne, mais aussi celle de ses amis. On y trouve le Portugais Vhils, dont la cote s’envole depuis quelques années, mais aussi Dave The Chimp, Alexone, Cone The Weird ou Spike. Un lieu qui colle parfaitement à un quartier en pleine effervescence, sûrement un de ceux qui évolueront le plus dans les prochaines années.

Gallery 1 :1, 31 rue de Strasbourg à Luxembourg. Ouverte du mercredi au vendredi de 13h à 18h et samedi de 11h à 18h.  Tél. : 26 19 09 74. Web : www.gallery1to1.com, Facebook et Instagram.

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