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Vendanges : double ration chez Bernard-Massard

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La grande maison de Grevenmacher a été la première à envoyer les vendangeurs dans les vignes. Dès le mercredi 11 septembre, les saisonniers maniaient le sécateur dans la Fels, un très beau terroir qui surplombe la cité médiévale. Leur objectif : réaliser un premier passage destiné à récolter les raisins qui permettront d’élaborer les crémants.

Bernard-Massard ne crée pas uniquement les vins qui portent son nom, mais aussi ceux du domaine Clos des Rochers et du Château de Schengen (domaine Thill), tous deux appartenant majoritairement aux propriétaires du négoce, la famille Clasen. Cette quarantaine d’hectares, cultivés en agriculture raisonnée (pas de glyphosate depuis 20 ans), est l’objet de toutes les attentions.

Dès le mercredi 11 septembre, le directeur de Bernard-Massard, Antoine Clasen, confirmait la présence des vendangeurs entre les rangs « dans la Fels, à Grevenmacher, pour un premier passage voué à récolter les grappes de chardonnay et de pinot noir qui seront incorporées dans le crémant ». La sortie était précoce : sur la Moselle, personne n’avait démarré aussi tôt. « Mais si les maturités sont bonnes, pourquoi attendre ?, questionne Antoine Clasen. Pour le crémant, il ne faut pas de raisins trop sucrés. L’an dernier, nous avions déjà commencé parmi les premiers et là, nous avons à nouveau voulu récolté au moment qui nous semblait optimal. Avec le réchauffement climatique, il ne faut plus se fier à nos anciennes habitudes, mais sur ce que l’on constate. »

Et encore, ce n’était pas vraiment le premier passage : « D’habitude, nous faisons des vendanges en vert (NDLR : en coupant des grappes pas encore mûres afin de ne garder que les plus belles, qui seront donc plus concentrées), mais là, il fallait surtout enlever les grains brûlés par le soleil, notamment dans la Fels qui a été durement touchée. Or comme nous ne voulons aucun mauvais raisin qui amènerait des goûts déviants dans le pressoir, nous les avons déjà éliminés », précise le directeur de Bernard-Massard.

Quelques jours plus tard, le vendredi 20 septembre, on retrouvait huit vendangeurs sur les pentes du Steilberg, à Schwebsange, dans le sud de la Moselle. Peter Kohl (39 ans), le responsable des domaines Bernard-Massard, les guidait sur ce terroir situé dans la continuité du Felsberg, un des plus beaux lieux de la viticulture luxembourgeoise. « Comme nous le faisons partout ailleurs, nous réalisons aujourd’hui un premier passage pour récolter les grappes de pinot blanc qui entreront dans la composition du crémant Château de Schengen », explique-t-il.

Le Clos des Rochers et le Château de Schengen sont des pépites et nous mettons tout en œuvre pour que ces vins soient irréprochables

Cette distinction entre les raisins réservés pour le crémant et ceux réservés pour les vins tranquilles est importante car on ne demande pas la même chose aux grappes. « Aujourd’hui, ce pinot blanc possède entre 78 et 83 ° Oechsle (NDLR : l’unité identifiant le taux de sucre), ce qui est parfait pour le crémant », assène Peter Kohl. En effet, les vins de base ne doivent pas être trop sucrés, puisque c’est l’acidité qui construit la structure des vins effervescents et qu’une liqueur d’expédition sucrée sera ajoutée lors de l’embouteillage afin de lancer la deuxième fermentation qui permettra l’apparition des bulles. « Pour le vin tranquille, par contre, on va un peu attendre encore un peu pour que la maturité soit optimale », ajoute le directeur des domaines.

Pour les vendangeurs, ces premiers jours de vendanges ne sont vraiment pas simples. Non seulement il ne faut pas traîner, mais il faut aussi déterminer en un coup d’œil les grappes à couper et les grappes à laisser. De surcroît, il est capital de bien vérifier l’état sanitaire des raisins : « Lorsqu’il y a un début de pourriture sur une grappe, il faut enlever les raisins touchés pour qu’ils ne contaminent pas les autres. Aujourd’hui, il fait beau et le botrytis (NDLR : le champignon qui cause la pourriture noble) ne progresse pas mais s’il pleut, cela sera plus problématique », lance Peter Kohl. Bien vu : un peu plus tard, les nuages arrosaient la Moselle plusieurs jours durant. Encore un bon point pour des vendanges qui démarrent à l’heure : on ne s’assure d’une bonne récolte que lorsque les raisins sont en cave !

Réaliser plusieurs passages sur une même vigne est une nécessité cette année où la maturation des grappes n’a pas été homogène, mais c’est une habitude chez Bernard-Massard : « Ce n’est pas propre à ce millésime, nous faisons des vendanges en vert et deux passages tous les ans, affirme Antoine Clasen. Le Clos des Rochers et le Château de Schengen sont des pépites et nous mettons tout en œuvre pour que ces vins soient irréprochables. Mais c’est vrai, cette fois, venir plusieurs fois dans chaque vigne est vraiment une obligation si l’on veut récolter quelque chose de bon. »

Quelques jours plus tard, le samedi 21 septembre, les vendangeurs s’attaquaient déjà aux pinots gris qui seront vinifiés en vin tranquille. « Ils affichent déjà 100 ° Oechsle, ce qui est beaucoup ! », sourit Antoine Clasen. Cela se confirme : la fin de l’été a fait mûrir les raisins très vite, beaucoup plus qu’attendu. Fin août, les producteurs imaginaient commencer la récolte autour du 23 septembre. Les vignerons auront donc dû être attentifs jusqu’au bout, lors d’une nouvelle année qui aura cassé beaucoup de codes et tordu le cou à de nombreuses idées toutes faites.

Bernard-Massard et Thill, plus de trois décennies en commun

Le domaine Thill est dans le giron de Bernard-Massard depuis 1986. Lorsque le vigneron Carlo Thill, sans successeur, est parti à la retraite, il a proposé à Hubert Clasen, le père d’Antoine, de lui céder l’intégralité de ses terres à la condition que les raisins qui en sortent soient vinifiés dans des bouteilles portant toujours le nom d’un domaine créé presque un siècle plus tôt. Une requête d’autant plus facilement acceptée par Hubert Clasen, qu’il connaissait bien Carlo Thill et que ce dernier était un grand ami de la famille de Freddy Sinner, le directeur technique de Bernard-Massard à l’époque.

Puisqu’une grande partie des parcelles du domaine Thill avaient été achetées aux anciens propriétaires du château de Schengen, l’étiquette porte toujours un dessin de l’auguste bâtisse croquée par Victor Hugo, qui y a séjourné en 1871, alors qu’il venait d’être expulsé de France pour avoir crié sa colère contre la répression de la Commune de Paris.

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