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«Ce que je recherche, c’est la vivacité, la fraîcheur, le fruité, les arômes et l’élégance»

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L’un des plaisirs rois de l’été s’incarne dans la fraîcheur d’un rosé servi frais sous les rayons d’un soleil généreux. Au domaine Mathis Bastian (Remich), cette couleur de saison est déclinée sous trois étiquettes et par trois types de vinification différents : un crémant à majorité de pinot noir, un gris de gris obtenu par macération de pinot gris et une cuvée composée d’un assemblage de pinot noir et d’auxerrois.

Mathis Bastian veille sur ses vignes avec la plus délicate attention. Chaque journée débute immuablement par le même cérémonial : il sort de sa cuisine une tasse de café à la main pour inspecter les ceps qui grandissent quelques mètres en contrebas. Pour lui, n’évoquer que le travail en cave ou les bouteilles n’a pas de sens : « Tout commence ici, dans la vigne : il n’y a pas de vin sans le travail assidu des vignerons et de leurs employés, quel que soit le domaine : il faut sans cesse leur rendre hommage, ils font un métier fantastique !»

Début juin, ses parcelles sont tout en vert. Les feuilles commencent à s’étaler le long des fils, tandis que les herbes et les fleurs s’en donnent à cœur joie entre les rangs. Coccinelles, papillons, abeilles… il y a des insectes partout : « Il faut donner une chance à la nature : si on laisse un autre terrain de jeu pour contenter les insectes nuisibles à la vigne, ils nous laissent tranquilles et il n’y a plus besoin d’herbicide ni d’insecticide. »

Le tableau serait idyllique si l’on n’y regardait pas d’un peu plus près, car les morsures du gel des premiers jours de mai sont bel et bien là. « Ici, il n’y aura pas beaucoup de raisins… Mais que voulez-vous, c’est un des risques du métier et j’ai surtout la chance d’avoir des vignes intactes à Wellenstein. Je ne suis pas le plus à plaindre. » Mathis Bastian est comme ça, il ne veut retenir que le positif en toutes circonstances.

Le crémant rosé qui est actuellement en vente provient de la vendange 2015, un superbe millésime.

Le caractère des vins de la maison se prête parfaitement aux chaudes journées d’été. « Je respecte tous les styles de vins luxembourgeois, mais ce que je recherche pour moi, c’est la vivacité, la fraîcheur, le fruité, les arômes et l’élégance », détaille-t-il. Cette philosophie se retrouve parfaitement dans les vins rosés du domaine : le crémant, le gris de gris et l’originale cuvée Ianira.

Le crémant rosé est un vin composé de 80 % de pinot noir et de 20 % d’auxerrois et de pinot blanc à part égale. Assez sec, il est particulièrement gourmand avec ses arômes de fruits rouges. Sa belle couleur, ses bulles fines mais généreuses et sa vivacité appellent immanquablement à une deuxième coupe, ce qui est tout de même la première qualité d’un vin !

« Le crémant rosé qui est actuellement en vente provient de la vendange 2015, un superbe millésime, explique le vigneron. Après le tirage (NDLR : où l’on ajoute la liqueur qui va lancer la deuxième fermentation et la prise de mousse), nous procédons au dégorgement (NDLR : l’expulsion du dépôt créé par la deuxième fermentation) douze mois plus tard et nous sortons les bouteilles par séries de mille, pas à pas, en fonction de la demande. C’est pour cela que nous arrivons aujourd’hui avec un crémant rosé qui a passé 30 mois sur lies, ce qui est idéal. »

Passons au vin tranquille avec, pour commencer, le gris de gris Wellenstein Foulschette 2018. Réalisé à base de pinot gris, la couleur est obtenue en laissant macérer les raisins une petite nuit directement après les vendanges. Le contact de la pulpe avec les pigments contenus dans la peau permet l’obtention d’un moût rosé. Cette année, cette teinte est venue facilement tant les raisins étaient mûrs. Un effet dû à la conjugaison d’un ensoleillement très généreux et d’un beau terroir. « Le Foulschette est une sorte de cuvette parfaitement protégée des vents d’ouest par la forêt. Le pinot gris apprécie particulièrement ces terres lourdes (NDLR : des marnes du Keuper). »

« Il s’agit d’un vin de plaisir par excellence, qui plaît généralement à une autre clientèle, plus jeune. »

Pour élaborer un gris de gris, il est impératif de compter sur des raisins bien mûrs et en parfait état sanitaire. Si une mauvaise grappe passe au travers des mailles du filet, elle va gâter tout le contenu du bac. « Nous sommes très vigilants lors de la récolte et de l’égrappage pour ne laisser passer aucun mauvais raisin », atteste Mathis Bastian. À la dégustation, la pureté du vin valide ces efforts. Ce gris de gris est déjà très agréable à boire, mais il sera certainement encore meilleur dans quelques mois, lorsque sa riche matière s’arrondira un peu plus.

Enfin, le dernier rosé du Domaine Bastian est une cuvée d’assemblage originale qui va fêter son troisième été : la cuvée Prélude Ianira. « Nous voulions offrir un vin de plaisir dans notre gamme, soutient Mathis Bastian. C’est pourquoi nous élaborons deux cuvées d’assemblage : une en blanc (NDLR : Prélude Nanami) et une en rosé, la cuvée Prélude Ianira. »

Cette dernière est aujourd’hui composée de 80 % de pinot noir et de 20 % d’auxerrois, mais la recette n’est pas gravée dans le marbre et elle pourra évoluer en fonction des millésimes. Avec les vins de 2018 si étonnants, il n’est pas impossible que l’assemblage diffère car ce que désire Mathis Bastian avant tout,  « c’est la vivacité ».

Cet assemblage bien construit offre un plaisir immédiat mais pas simpliste, car il a reçu la même attention que tous les autres crus du domaine. « La cuvée Prélude Ianira n’est composée que de beaux vins issus de nos vignes, elle a une belle origine ! », sourit le vigneron. L’évidence la place sur une table dressée dans le jardin, sous le parasol et à proximité du barbecue. Elle tient beaucoup à cœur au vigneron : « Il s’agit d’un vin de plaisir par excellence, qui plaît généralement à une autre clientèle, plus jeune. »

Mais au fait, pourquoi ce nom ? Le domaine Bastian a plongé dans la mythologie grecque pour baptiser sa cuvée. Selon le poète Hésiode, Ianira était une océanide, une nymphe aquatique fille d’Océan et de Thétys. Chaque nymphe (elles étaient 3 000), avait le devoir de protéger un point d’eau (fleuve, lac…). Voilà qui fleure bon l’été !

De la vigne à la cave, des vins bichonnés !

À cette saison, le travail est davantage à la vigne qu’en cave. Il faut enlever les doubles bourgeons et les gourmands (les pousses qui partent du pied du cep) pour que la plante ne disperse pas son énergie. Chaque brin doit être palissé, c’est-à-dire placé entre deux fils de fer parallèles situés en hauteur. La vigne étant une liane, il est nécessaire de la guider tout au long de sa croissance pour optimiser la production de raisin.

En cave, il faut gérer les stocks pour assurer la commercialisation des différents crus. Mais là, aucun souci à se faire, le domaine est parfaitement équipé. Mathis Bastian a fait construire, il y a quelques années, un nouveau hall de stockage climatisé. « Les vins sont entreposés dans de parfaites conditions et à température constante. » Le grand luxe pour de bien jolis flacons !

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